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Rencontre avec Juliette Eyméoud autour de son livre “Le siècle du célibat. Des célibataires nobles en France au XVIIe siècle”

Dans le cadre de notre stage au sein de l’IHRIM auprès du groupe 16-17, Léonie Escuroux et moi, Camille Lê, avons eu l’opportunité d’organiser la rencontre avec la chercheuse Juliette Eyméoud au cours du séminaire “actualités de la recherche” du GL 16-17. Sous la forme de questions, nous avons pu orienter l’échange afin que l’intervenante puisse présenter son œuvre, Le siècle du célibat. Des célibataires nobles en France au XVIIe siècle, et approfondir certains des éléments avancés. 

L’œuvre est issue de la thèse d’Eyméoud, et explore le célibat noble français de la seconde moitié du XVIe à la fin du XVIIIe siècle. L’œuvre démontre que le XVIIe siècle est un temps inédit pour le célibat et dénote d’une population particulièrement élevée de célibataires, hommes comme femmes, religieux comme laïcs. Dans un champ de recherche encore peu exploré, Eyméoud présente sa recherche avec l’humilité des premier.ères chercheur.euses en invitant à approfondir son travail par d’autres recherches. Elle détaille la pluralité des profils de célibataires au XVIIe par une comparaison chiffrée et sourcée avec le siècle qui le précède et celui qui le suit, en montrant surtout que dans la diversité des individus analysés, des traits communs se retrouvent, que ce soit dans le traitement genré des célibataires laïcs, dans les stratégies familiales et les héritages, ou dans la situation financière et le niveau de vie des différents individus. L’analyse socio-économique que propose Eyméoud vise ainsi à créer certaines catégories au sein de la communauté célibataire noble, mais aussi à souligner les execptions et les singularités, afin de démontrer comment le XVIIe siècle se démarque comme le siècle du célibat, cest-à-dire une époque où stratégies familiales et choix individuels ont convergé pour faire naître un groupe social que sont les célibataires.

L’élaboration des questions s’est faite au cours d’échanges entre nous stagiaires et Edwige Keller-Rahbé, professeure de littérature du XVIIe siècle à Lyon 2, qui dirigeait la séance du séminaire, après que nous ayons chacune terminer la lecture de l’œuvre. Léonie et moi avons travaillé en commun afin de trouver dix questions qui pourraient approfondir les différents aspects du travail présenté. Afin que l’échange se présente comme une exploration générale de l’œuvre pour le public présent, nous avons décidé de faire progresser les questions en nous calquant sur la chronologie d’un travail de recherche. C’est pourquoi nous nous sommes décidées à axer le début de l’échange sur la genèse de l’œuvre, puis nous avons choisi d’approfondir les choix méthodologiques que l’autrice avait fait, afin qu’elle puisse mettre en avant l’orientation intellectuelle qu’elle revendique. Enfin, comme l’œuvre nous a semblé intéressante pour nos études de lettres, nous avons décidé d’orienter l’échange vers les liens entre littérature et célibat.

Après nos questions-réponses, la salle a pu elle aussi poser ses propres questions, afin que Eyméoud puisse détailler certaines réponses ou explorer des éléments pas encore abordés au cours de la rencontre. 

L’expérience a été enrichissante pour nous, car nous avons participé à un évènement auquel les étudiant.es de master ont peu la chance de participer. Ce fut une expérience qui nous a apporté une sensibilité à l’efficacité et l’organisation, car nos questions devaient aider à résumer l’ensemble du travail et sa genèse. C’était aussi très intéressant d’explorer un sujet qui nous était inconnu, partiellement pour Léonie, complètement pour moi, comparé à nos sujets de mémoire, et d’ainsi nous pencher sur un objet de recherche nouveau.

Voir ci-dessous les questions posées : 

  1. Pouvez-vous nous dire comment et à quel moment de votre parcours vous en êtes venue à vous intéresser au célibat comme objet de recherche ?
  2. Vous avez choisi de vous concentrer sur quatre familles seulement. Pouvez-vous nous rappeler lesquelles, expliquer les critères qui ont guidé ce choix, la méthodologie qui vous a permis de les reconstituer et, enfin, les raisons pour lesquelles vous vous limitez à ce que vous qualifiez vous-même d’« échantillon, relativement mince mais étiré dans le temps » ?
  3. Nous avons remarqué que vous aviez reformulé le titre de votre thèse, devenu « le siècle du célibat » plutôt que « les célibataires dans la noblesse française d’Ancien Régime ». Comment avez-vous articulé les XVIe et XVIIIe siècles – périodes aux contextes politiques, sociaux et historiques très différents – tout en faisant du XVIIe siècle le centre de votre réflexion ?
  4. Vous expliquez dans le chapitre VIII que « l’entrée dans le XVIIIe siècle marque une évolution du discours en faveur du célibat » car « il devient de plus en plus difficile de critiquer le mariage », preuve d’une évolution de la représentation morale du célibat entre le XVIe et le XVIIIe siècle, qui va jusqu’à réfuter la pensée des précieuses. Que pouvez-vous nous dire à propos de l’évolution de la représentation morale du célibat au cours des siècles, et comment elle résonne avec celle d’aujourd’hui ?
  5. Vous évoquez dans votre ouvrage des procès intentés par des célibataires contre leurs familles, notamment celui  de la famille Lameth que vous citez au chapitre VI : Louis de Lameth est en procès avec ses trois sœurs célibataires afin de réduire leur part d’héritage. L’existence de ces procès conduit à des hypothèses de tension familiale, voire de rupture. Qu’est-ce que vous pouvez dire des regrets de ces individus face à leur statut de célibataires, une fois que ces conflits naissent de ce même statut ? Le choix du célibat, et en particulier du célibat laïc, peut-il mener à des conflits au sein des familles, notamment sur la question de l’héritage ?
  6. Votre livre a été une ressource importante pour moi [Léonie] car mon mémoire de recherche porte sur Jacqueline Bouette de Blémur, une religieuse bénédictine. Je m’intéresse donc à la condition de ces célibataires entrés en religion et aux liens qu’ils entretiennent avec leur famille. Comme vous expliquez que les familles nobles prévoient de marier certains de leurs enfants et destinent les autres à la religion, je me demandais si l’éducation des enfants était pensée en fonction de cette orientation ?
  7. Trouve-t-on des traces de regrets chez des individus qui n’ont pas eu le choix de se marier ou d’entrer dans les ordres et qui auraient peut-être souhaité l’inverse ?
  8. Léonie et moi sommes des étudiantes en master de lettres, et donc la question de la littérature s’est imposée assez naturellement. On a pensé notamment aux travaux de Nathalie Grande sur les Stratégies de romancières, qui montrent une forme d’incompatibilité entre écriture et vie familiale. Elle montre que nombre de romancières occupent une position marginale comme veuves, séparées ou célibataires, et le plus souvent sans enfants. Le cas de Madeleine de Scudéry est sans doute le plus célèbre, son célibat étant étroitement lié à la vie littéraire qu’on lui connaît. Vous évoquez le cas de Gabrielle Suchon, autrice du Célibat volontaire, est-ce que vous pensez que, de manière générale, le célibat laïc féminin a été propice à des carrières littéraires féminines ?
  9. Pensez-vous que ces femmes célibataires écrivaines ont participé à une forme de proto-féminisme, et pouvez-vous penser à certaines sources, notamment des lettres, de votre corpus où une revendication ou un engagement féminin a pu se développer ? 
  10. Votre livre appelle souvent à prolonger la réflexion : quelles perspectives de recherche souhaiteriez-vous ouvrir, et quelles seraient, selon vous, les principales pistes à explorer pour poursuivre l’étude du célibat ?

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Camille Lê, Léonie Escuroux (24 avril 2026). Rencontre avec Juliette Eyméoud autour de son livre “Le siècle du célibat. Des célibataires nobles en France au XVIIe siècle” GL 16-17 - Groupe Littérature 16-17. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/164ru


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